Concert 1
26 août 2026 - 20h30
TEMPLE DE L'ORATOIRE
Durée :
Tarifs :
1h50
Cat.1 40€/30€/15€
Cat.2 30€/20€/10€

programme
Robert Schumann (1810–1856)
Kinderszenen « Scènes d’enfants », op. 15 (1838) 18'
Dmitri Chostakovitch (1906–1975)
Quintette pour piano et cordes en sol mineur, op. 57 (1940) 33'
ENTRACTE
Reynaldo Hahn (1874–1947)
Portraits de peintres, d’après les poésies de Marcel Proust (1894) 10'
Gabriel Fauré (1845–1924)
Quatuor avec piano n° 1 en ut mineur, op. 15 (1876–1879) 32'
distribution
Liya Petrova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Shuichi Okada, violon
Grégoire Vecchioni, alto
Paul Zientara, alto
Aurélien Pascal, violoncelle
Victor Julien-Laferrière, violoncelle
Théo Fouchenneret, piano
Adam Laloum, piano
note de programmation
Pour inaugurer cette 5e édition des Rencontres musicales de Nîmes, quatre presque jeunes compositeurs se cherchent et s’interrogent, trouvant dans l’admiration des maîtres, dans les êtres aimés, dans leur propre ambition, le terreau de leurs doutes et de leur inspiration.
Non pas composées pour les enfants mais par un « grand enfant », selon les mots de l’auteur, les Scènes d’enfants sont un « souvenir pour ceux qui ont grandi ». Y aurait-il une petite nostalgie de l’enfance et de son insouciance pour ce trentenaire amoureux et contrarié dans son projet de mariage ? Elles se doivent d’être jouées en gardant à l’esprit « leur grâce toute simple, naturelle et sans apprêt », conseille-t-il à la dédicataire aimée. Il est vrai que c’est sans doute dans cette simplicité d’une écriture très pianistique qu’il se sentira toujours le plus à l’aise.
Dans les saisissantes premières mesures du quintette de Chostakovitch, le piano entame le discours sous la forme d’un prélude solennel suivi par une fugue. L’écriture pianistique reste contrapuntique, et la réexposition du finale rappellera l’influence de Bach dans une manière de choral dense. L’œuvre est étonnante, négligeant toute alternance vif-lent pour condenser toute sa vivacité dans le scherzo ironique et déstabilisant : en arche autour de ce moment un peu hargneux, les quatre mouvements semblent s’interroger, chercher leur voie, chercher un sens… Aura-t-il été trouvé, quand le quintette s’achève sur une idée reprise du scherzo ? La question, elle-même, ne trouvera pas de réponse. Mis plusieurs fois à l’index par le régime, Chostakovitch reçoit à trente-quatre ans pour ce quintette le prestigieux Prix Staline.
Petite exception dans ce concert de trentenaires : Hahn a 20 ans quand il rencontre Marcel Proust – il sera son amant puis son ami jusqu’à sa mort. « C’est amusant d’illustrer un ouvrage en musique ; ces pièces sont de simples vignettes, décrivant le plus exactement possible, évoquant, plutôt, les passages choisis dans le texte ». Description fidèle ou évocation poétique ? Même le compositeur ne s’est pas décidé. La peinture est mise en poésie par l’un, la poésie est mise en musique par l’autre, dans un abîme délicat où l’on se promènerait les yeux bandés. On y retrouve tour à tour les cavaliers d’Albert Cuyp, les bovins de Paulus Potter, les portraits d’Anton van Dyck et les fêtes galantes d’Antoine Watteau.
Lorsque Gabriel Fauré compose son premier quatuor avec piano, il n’est pas encore très expérimenté en musique de chambre, et offre ainsi une heureuse surprise à ses contemporains, qui y retrouvent l’influence de Brahms et le génie de ses premières œuvres. Brutalement délaissé après six mois de fiançailles, le compositeur met trois ans à terminer ce quatuor entamé pendant des jours heureux, avant de détruire et de réécrire entièrement le finale trois ans plus tard. Mais fi de ces tergiversations. A l’écoute, le raffinement de ses thèmes, l’élégance vaporeuse de son écriture, la lumineuse beauté de l’ensemble, augurent d’une production chambriste exceptionnelle, et composent une page superbe du postromantisme français.
Constance Clara Guibert